CELINE LIBINE : Une histoire de résilience
publié le 14 septembre, par / Temps de lecture estimé : 1 mn /
Faire le portrait d’une personne que l’on admire est toujours sensible, on devient dépositaire d’une histoire qu’il faut accueillir avec respect, distance et affection. Céline a accepté de partager son parcours, son rapport à la santé, des parties de sa vie qui a été longtemps un combat pour rester debout.
Ce que nous avons compris en écoutant Céline c’est qu’il y a une différence entre pauvreté et précarité. De fait, Céline n’a jamais eu le sentiment d’être pauvre, et cela renvoie à la distinction que fait Jean Furtos, chef de service en psychiatrie, qui définit d’abord trois niveaux de précarité, une précarité ordinaire, ; une précarité de la modernité, et enfin « la précarité actuelle » portée par « l’urgentification du monde » qui favorise « l’atomisation des individus et la perte des solidarités ».
On a évoqué aussi un des effets de la précarité, l’auto exclusion que Céline a connu, et dont les signes cliniques ont bien été décrit par Jean Furtos : on cherche à anesthésier le corps, puis à effacer ses émotions, et enfin à inhiber en partie sa pensée. Chez Céline, cela s’est traduit aussi par le fait de ne plus demander d’aide. Jean Furtos écrit : Tous ces signes soulignent la disparition de soi-même, la « congélation du moi ».
Mais, l’essentiel est que malgré les épreuves, les drames, il y a chez Céline une incroyable force de vie, une résilience.
Si je devais tenter de définir cette notion, je reprendrais cette citation : « La faculté qu’a l’homme de se creuser un trou, de sécréter une coquille, de dresser autour de soi une fragile barrière de défense, même dans des circonstances apparemment désespérées, est un phénomène stupéfiant qui demanderait à être étudié de près. Il s’agit là d’un précieux travail d’adaptation, en partie passif et inconscient, en partie actif. »
Primo Levi, Si c’est un homme
https://orspere-samdarra.com/wp-content/uploads/2021/01/rhizome_9_furtos.pdf
https://shs.cairn.info/revue-etudes-2001-10-page-321