Ce soir, nous n’allons pas parler directement des violences éducatives quotidiennes sur lesquelles le système scolaire repose.
Nous n’allons pas disséqué la domination exercée sur les enfants — cette violence massive, structurelle, et pourtant largement invisible.
Nous ne parlerons pas de l’histoire coloniale enseignée sans être interrogée, ni des temps sur l’éducation à la vie affective, relationnelle et à la sexualité supprimés.
Ni du pouvoir concentré entre les mains d’un seul adulte dans une classe.
Nous ne parlerons pas non plus des coupes budgétaires, des classes surchargées, des enseignant·es sans formation continue, des Atsems sous-payées, du périscolaire aux contrats hachés et précaires, ni des AVS non renouvelés.
Nous ne parlerons pas de tout ça. Mais tout cela est là. Car le sujet que nous abordons ce soir y est intimement lié. Il s’inscrit dans un continuum : celui de l’autorité, de l’ordre, de l’obéissance, et du rapport que cette institution entretient avec les enfants et qui permet que le Ministère des armées rentre dans l’école aussi facilement.
Ce soir, on va parler de la militarisation de l’école.
Alors même que l’argent est retiré à l’éducation, à la santé, à la culture, des budgets apparaissent — ou explosent — du côté du ministère des Armées pour intervenir dans l’école. Propriété des parents.
Propriété de la République. Les enfants seraient ceux de leurs parents, et aussi ceux de leur patrie.
Comment passe-t-on de la contrainte dite légère à la violence de la guerre ?
Comment on habitue les enfants à la violence au point qu’ils ne puisse plus la nommer, la reconnaitre ?
On impose des règles, des gestes, des postures, à des êtres qui n’ont pas les moyens de se défendre, qui apprennent très tôt que l’obéissance est une qualité. C’est pour leur bien, nous dit-on. Le problème est profond. Et ce soir, on en prend un morceau.
La guerre est partout.
Les enfants le savent.
Ils la reçoivent, l’angoissent, y jouent dans la cour de récréation.
Mais s’attendent-ils à ce qu’on fasse d’eux des réservistes pour les guerres à venir ?
Tout a commencé avec une amie de l’une d’entre nous, prof contractuelle. Ariela lui a tendu son micro. Elle raconte, depuis sa place, l’arrivée d’une “classe défense” dans son collège. Une mère déléguée témoigne également. Une manifestation s’organise. Une lutte solitaire, démarre. Elle mènera à un avis défavorable au renouvellement de son contrat.
Dans cette émission, vous entendrez aussi des chroniques de l’état du paysage de la militarisation de l’école, de la musique, une chanson — lue comme un poème et un extrait d’une brochure sur la Direction Générale de l’Armement produite par science et vie junior à destination des enfants promouvant l’armée : infiltre les secrets des technologies de demain.