occuper la nuit : du 22 au 28 décembre 25
publié le 21 décembre 2025, par / Temps de lecture estimé : 5 mn /
TOUS LES JOURS DE UNE HEURE À UNE HEURE
La mobilisation générale décidée par le président Zelensky suite à l’invasion de l’Ukraine par la Russie n’a jamais concerné que les hommes, actant la persistance d’une répartition genrée des rôles en temps de guerre. Si les femmes ont gagné le droit de participer à la guerre, l’ordre patriarcal impose encore aux hommes de développer une identité masculine sacrificielle et d’accepter l’inacceptable : la confiscation des corps pour la guerre.
Article AOC Daniel Borillo
La variable genre constitue un outil particulièrement pertinent pour comprendre les phénomènes sociaux. Formulé quasi exclusivement comme synonyme de « femmes », en théorie le genre englobe également les hommes.
LUNDI
Enquête sur le monde invisible
Comme le souligne Delphine Naudier, « en sciences humaines et sociales, le genre est un concept pour analyser tout ce qui se réfère aux êtres humains, à leurs relations, à leurs rapports sociaux, et aux valeurs symboliques classées traditionnellement en deux catégories : le féminin et le masculin. Le genre est, en cela, un outil scientifique pour se départir de ce que Durkheim qualifiait de prénotions, à savoir l’ensemble de nos croyances, de nos préjugés, de nos passions, de nos impressions vagues, confuses, sur les gens, les choses, le monde et ses affaires. »
MARDI
erreur fatale
Pour quoi ce titre, je n’en sais rien. Un jour où au moment d’enregistrer , j’efface tout. Ça m’arrive tellement souvent que je ne râle même plus. Mais je reste toujours très imprudent.
Donc, un truc assez désincarné (dont je ne suis pas près de trouver la référence), j’ai dû passer une k7 à la machine à laver. Donc Duras, c’est sûr, thazartes, encore t toujours, mauricio nanucci, xtatika, gablé, meredith monk...
Y a pas d’erreur mais comme toute chose et ses conséquences, on en meurt naturellement.
MERCREDI
DJ Oliive trnasmusicales de Rennes
Concernant la guerre, l’assignation à des rôles genrés est particulièrement frappante : les hommes sont « programmés » idéologiquement pour mourir sur le champ de bataille, pour devenir de la chair à canon[2]. Il s’agit d’un élément qui structure non seulement le stéréotype masculin mais la société toute entière, au point qu’elle délègue « naturellement » la violente tâche de donner sa vie pour autrui aux hommes. De même, l’Église ira jusqu’à reconnaitre que donner la mort en combattant faisait partie des devoirs du guerrier et ne constituait pas un péché.
JEUDI
Christophe Tarkos, un indispensable
Ainsi, par adhésion, par sens du devoir, par patriotisme, par obéissance, par peur ou par résignation, des millions de jeunes ont endossé l’uniforme de soldat et sont partis au front en renonçant à tout : foyer, famille, travail, amis… Il suffit de regarder les prénoms gravés sur les monuments aux morts de nos villages : Jean, Pierre, François, Louis, Arsène, Joseph, Raymond… Personne ne s’étonne de l’absence de prénoms féminins. Même les vivants ont intégré l’exclusivité masculine dans la mobilité forcée, l’errance et la mort, tellement que, lorsqu’il s’agit de la guerre, nous possédons une conviction limitée quant à la nécessité du changement du système traditionnel des rapports de genre, historiquement inégaux entre les hommes et les femmes.
VENDREDI
Héritiers de siècles de conflits armés, les hommes furent façonnés selon les besoins militaires et ont intégré l’idée sacrificielle de mourir pour la patrie. La « conscription militaire obligatoire » fut instauré en France en 1798 par la Loi Jourdan pour tous les hommes entre vingt et vingt-cinq ans : « Tout Français est soldat et se doit à la défense de sa patrie ». Avec la Loi Barthou de 1913, le service militaire passe de 18 mois à 3 ans.
Le corps des colonisés n’est nullement épargné. Tout au long du XIXe siècle, jusqu’aux conflits de décolonisation dans la seconde moitié du XXe, l’institution militaire n’a pas hésité à recruter des populations masculines locales. Des centaines de milliers d’indigènes furent envoyés en Europe pour faire face aux différentes guerres, comme nous le rappellent notamment les travaux de M. Michel[3] ou d’Éric Jennings[4].
SAMEDI
Assistance publique
Autour d’un idiot à Paris...
Le jeudi 24 février 2022, le président Zelensky a décrété la mobilisation militaire générale afin de répondre à l’invasion russe démarrée plus tôt dans la journée : les hommes ukrainiens entre dix-huit et soixante ans ont depuis l’interdiction de quitter le pays. La loi martiale stipule que tous ceux soumis « à la conscription militaire et [les] réservistes » se trouvent dans l’obligation de prendre les armes. De même, le 21 septembre, Poutine a annoncé la mobilisation forcée de trois cent mille réservistes (sur un potentiel de vingt-cinq millions mobilisables). Le service militaire est obligatoire aussi bien en Russie qu’en Ukraine pour tous les garçons à l’âge de dix-huit ans.
Le retour à une forme de guerre « classique » met en évidence le dressage permanent des corps masculins, exposés continuellement à la mort qui rôde.
Cette réalité n’est nullement inédite : en 1914 pour la première guerre mondiale et en 1939 pour la seconde, plusieurs pays européens dont la France avaient décrété la mobilisation générale en envoyant des centaines de milliers de jeunes au front. L’article 18 de la loi du 7 août 1913 sur le recrutement de l’armée précisait : « Tout Français reconnu propre au service militaire fait partie successivement : de l’armée active pendant trois ans ; de la réserve de l’armée active pendant onze ans ; de l’armée territoriale pendant
DIMANCHE
Presque dix millions d’hommes ont perdu leur vie au cours de la Grande Guerre. La base de données « Morts pour la France » du ministère français de la Défense recense plus de 1,3 millions de conscrits décédés pendant ce conflit. Il s’agissait pour la grande majorité de jeunes soldats d’infanterie. Durant la seconde guerre mondiale, presque 18 millions d’hommes sont morts sur le champ de bataille.
Les conflits armés ont non seulement massacré des hommes jeunes mais ils ont fait diminuer drastiquement l’espérance de vie des survivants. Comme le montre le démographe François Héran, « en deux ans, de 1913 à 1915, l’espérance de vie recule seulement de 3 % chez les femmes, passant de 53,5 ans à 51,7 ans mais s’effondre de 46 % chez les hommes : de 49,4 à 26,6 ans[6] ». Les guerres successives (Indochine, Corée, Vietnam, Algérie, Irak, Syrie…) produisirent les mêmes résultats, aussi bien en ce qui concerne la prééminence écrasante de victimes de sexe masculin que la diminution de l’espérance de vie des survivants à la sortie du conflit. L’exaltation de la virilité des combattants contraste avec la réalité des hommes diminués qui rentrent accablés de troubles psychiatriques[7].
Jusqu’à l’invasion de l’Ukraine par la Russie, nous nous croyions installés dans la postmodernité de la guerre, où la confrontation directe d’homme à homme semblait une chose du passé. Or, le retour à une forme de guerre « classique » met en évidence le dressage permanent des corps masculins exposés continuellement à la mort qui rôde. Une grande partie de ces corps ne proviennent pas de l’armée professionnelle mais des civils recrutés de force.
Cette absence de choix constitue la plus grande violence contre le sexe masculin et ceci depuis la nuit de temps. Pour preuve, à Sparte, la formation à la guerre commençait pour les garçons à l’âge de sept ans[8] pour se terminer à trente ans ; dès la Renaissance, le culte du héros correspond à celui qui a donné sa vie pour défendre sa patrie. Après la défaite de l’armée française en 1871, Léon Gambetta déclara devant l’Assemblée nationale : « Que pour tout le monde il soit entendu que quand, en France, un citoyen est né, il est né soldat ».